Méthode

Que signifie la place d'un auteur dans un article médical

Quand on ouvre un article de recherche, on suppose souvent que le premier nom de la signature est celui du spécialiste du sujet. Cette page explique ce que la position d'un auteur indique réellement en recherche biomédicale, ce qu'aucune norme internationale ne fixe, et les situations, fréquentes, où cette lecture devient trompeuse. Elle indique enfin ce qu'il vaut mieux regarder pour savoir qui a fait quoi. Elle ne porte sur aucun auteur en particulier.

Ce que disent les normes internationales

Le texte de référence en médecine est celui de l'International Committee of Medical Journal Editors, l'ICMJE (source 1). Il définit quatre critères cumulatifs pour être auteur : une contribution substantielle au travail ou aux données, la rédaction ou la révision critique du texte, l'approbation de la version publiée, et l'engagement de répondre de l'ensemble du travail. Ces quatre conditions valent pour tous les signataires, sans distinction de rang.

Sur l'ordre des noms, l'ICMJE écrit une seule phrase :

« The criteria used to determine the order in which authors are listed on the byline may vary, and are to be decided collectively by the author group and not by editors. »

Traduction : « Les critères retenus pour déterminer l'ordre dans lequel les auteurs sont listés dans la signature peuvent varier, et sont à décider collectivement par le groupe d'auteurs, non par les responsables de la revue. »

La World Association of Medical Editors dit la même chose : « The authors themselves should decide the order in which authors are listed in an article », soit « ce sont les auteurs eux-mêmes qui décident de l'ordre » (source 2).

La conclusion est donc nette. Aucune norme éditoriale internationale ne fait du dernier auteur le responsable de l'équipe, et aucune ne fait du premier l'expert du sujet. Ce que l'ICMJE définit en revanche, c'est le rôle de l'auteur correspondant : « the one individual who takes primary responsibility for communication with the journal », la personne qui prend la responsabilité principale de la communication avec la revue. C'est un rôle de correspondance, pas un titre scientifique.

L'usage en biomédecine

Un usage largement partagé existe bien en recherche biomédicale. La littérature le décrit depuis au moins 2007, et le présente comme une pratique informelle, jamais comme une règle.

La première place. Elle revient en général à la personne qui a mené le travail au quotidien. Une étude bibliométrique de la division du travail en recherche biomédicale le formule ainsi : « The first author is a PhD student or a postdoctoral fellow ... the last is the lab director », soit « le premier auteur est un doctorant ou un post-doctorant, le dernier est le responsable du laboratoire » (source 5).

La dernière place. L'usage lui attribue la conception initiale et l'encadrement. Un article de PLoS Biology rattache explicitement cette pratique à un usage informel : « the last author often gets as much credit as the first author, because he or she is assumed to be the driving force, both intellectually and financially, behind the research », soit « le dernier auteur reçoit souvent autant de crédit que le premier, parce qu'on le suppose être le moteur, intellectuel et financier, de la recherche » (source 3). Une enquête menée auprès de représentants de comités de promotion universitaires retrouve la même perception : la dernière place y est associée à la conception initiale et à la supervision du projet (source 4).

Les places du milieu. Elles sont les moins lisibles. La même enquête montre que le crédit perçu du premier auteur diminue à mesure que le nombre de signataires augmente, alors que celui du dernier reste stable (source 4). Les positions intermédiaires ne portent aucune information stable.

L'auteur correspondant. Sa place n'est pas fixe. Une étude bibliométrique consacrée à cette question conclut que « the corresponding author is most likely to appear first and then last in the byline », soit « l'auteur correspondant apparaît le plus souvent en première position, puis en dernière » (source 6). Être auteur correspondant ne signifie donc pas être l'auteur senior, et les deux rôles sont régulièrement confondus.

Quand cette lecture cesse d'être fiable

L'usage décrit ci-dessus est un indice, pas une preuve. Il se dégrade dans plusieurs situations devenues courantes.

Les co-premiers auteurs. De plus en plus d'articles déclarent que deux personnes ou davantage ont contribué à parts égales, et portent une mention en ce sens. Un article de 2026 consacré à ce point relève que « co-first authorship was absent in 1990, but appeared in >30% of research articles by 2012 », soit « la co-première signature était absente en 1990, mais figurait dans plus de 30 pour cent des articles de recherche en 2012 » (source 7). Le même article souligne un effet secondaire lourd : cette mention disparaît des bases d'indexation et des citations abrégées, où seul le nom placé en tête est repris. Le rang visible peut donc contredire ce que l'article lui-même déclare, et attribuer à une seule personne un travail que les auteurs ont déclaré partagé.

L'ordre alphabétique des auteurs du milieu. Certaines signatures placent le premier et le dernier auteur selon l'usage, puis rangent tous les noms intermédiaires par ordre alphabétique. L'étude déjà citée note que « alphabetical ordering of middle authors is frequent in biomedical research », soit « le classement alphabétique des auteurs du milieu est fréquent en recherche biomédicale », et mesure une progression de cette pratique dans les articles biomédicaux, d'environ 3 pour cent en 1980 à environ 8 pour cent en 2015 (source 5). La position d'un nom au milieu de la liste ne dit alors rien de sa contribution : elle dit seulement l'initiale de son patronyme. Et rien ne signale au lecteur qu'il se trouve devant une liste partiellement alphabétique.

Les consortiums et les collaborations à plusieurs dizaines de signataires. L'ICMJE prévoit qu'un groupe nombreux puisse signer sous un nom collectif, avec ou sans les noms individuels (source 1). La notion de première et de dernière place ne s'applique alors plus : la signature désigne une organisation, pas une hiérarchie de contributions. Les très longues listes posent un problème voisin même sans nom collectif : une même position ne pèse pas la même chose sur un article à trois auteurs et sur un article à quarante, et le crédit attribué au premier auteur s'érode avec la longueur de la liste (source 4).

Les différences entre disciplines. L'usage biomédical n'est pas universel. En mathématiques et en économie, l'ordre alphabétique de bout en bout est courant et la dernière place ne désigne alors personne. En informatique, un travail sur les carrières de chercheurs distingués observe au contraire que « the last author is normally the most senior researcher », soit « le dernier auteur est normalement le chercheur le plus expérimenté » (source 8). La convention existe donc dans plusieurs champs, sans y avoir la même forme ni la même portée.

Au total, la lecture par la position reste un repère utile pour un article court, signé par une seule équipe, sans mention de contribution égale. Elle perd sa valeur dès que la liste s'allonge, qu'une contribution égale est déclarée, que le milieu est alphabétique ou qu'un consortium signe.

Ce qu'il vaut mieux regarder

Un instrument prévu pour cela existe depuis 2022. La taxonomie CRediT, norme ANSI/NISO Z39.104-2022, définit des rôles de contribution nommés et permet à un article de déclarer qui a fait quoi, nommément (source 9). Elle distingue par exemple la conceptualisation, « ideas; formulation or evolution of overarching research goals and aims », et la supervision, « oversight and leadership responsibility for the research activity planning and execution ». La différence avec la position est simple : un rang ne nomme aucun acte, tandis que CRediT nomme des actes et les attribue à des personnes désignées. Quand un article publie ses déclarations CRediT, il suffit de lire.

Pour une maladie donnée, une autre catégorie d'éléments dit ce que la position d'auteur ne dira jamais : qui a coordonné le protocole national de diagnostic et de soins consacré à cette maladie, tel que la Haute Autorité de santé le publie ; quels centres de référence et quels sites constitutifs sont désignés pour la prendre en charge, et qui en est responsable ; qui tient un registre de cas ; qui est investigateur principal ou directeur d'étude d'un essai enregistré, avec son identifiant public ; qui coordonne une réunion de concertation pluridisciplinaire nationale ; qui a participé à un groupe d'experts chargé de rédiger des recommandations.

Ces responsabilités sont d'une autre nature que la signature d'un article, pour une raison précise : elles sont attribuées nommément par une institution qui les publie, elles se vérifient donc à la source, alors qu'une position d'auteur ne se lit qu'au prix d'une déduction fondée sur un usage.

Une dernière remarque pour le lecteur patient. Savoir qui a écrit un article n'indique pas qui doit vous suivre. Pour une situation individuelle, c'est le médecin qui vous suit qui reste l'interlocuteur.

Sources

  • International Committee of Medical Journal Editors. « Recommendations for the Conduct, Reporting, Editing, and Publication of Scholarly Work in Medical Journals », section « Defining the Role of Authors and Contributors ». Accès libre : https://www.icmje.org/recommendations/browse/roles-and-responsibilities/defining-the-role-of-authors-and-contributors.html Consulté le 17 septembre 2026.
  • World Association of Medical Editors. Page « Authorship », datée du 10 janvier 2007. Accès libre : https://wame.org/authorship Consultée le 17 septembre 2026.
  • Tscharntke T, Hochberg ME, Rand TA, Resh VH, Krauss J. « Author Sequence and Credit for Contributions in Multiauthored Publications ». PLoS Biology, 2007, vol. 5, e18. DOI 10.1371/journal.pbio.0050018. Texte intégral gratuit : https://journals.plos.org/plosbiology/article?id=10.1371/journal.pbio.0050018
  • Wren JD, Kozak KZ, Johnson KR, Deakyne SJ, Schilling LM, Dellavalle RP. « The write position. A survey of perceived contributions to papers based on byline position and number of authors ». EMBO Reports, 2007, vol. 8, n° 11. DOI 10.1038/sj.embor.7401095. Texte intégral gratuit : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2247376/
  • Mongeon P, Smith E, Joyal B, Larivière V. « The rise of the middle author: Investigating collaboration and division of labor in biomedical research using partial alphabetical authorship ». PLOS ONE, 2017, vol. 12, e0184601. DOI 10.1371/journal.pone.0184601. Texte intégral gratuit : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0184601
  • Mattsson P, Sundberg CJ, Laget P. « Is correspondence reflected in the author position? A bibliometric study of the relation between corresponding author and byline position ». Scientometrics, 2011, vol. 87, p. 99 à 105. DOI 10.1007/s11192-010-0310-9. Notice : https://link.springer.com/article/10.1007/s11192-010-0310-9 Article payant, seul le résumé a été consulté.
  • Shou W. « We need to correct the wide-spread omission of equal contribution in article indexing ». PLOS Biology, 2026, vol. 24, e3003746. DOI 10.1371/journal.pbio.3003746. Texte intégral gratuit : https://journals.plos.org/plosbiology/article?id=10.1371/journal.pbio.3003746
  • Fernandes JM, Costa A, Cortez P. « Author placement in Computer Science: a study based on the careers of ACM Fellows ». Scientometrics, 2022, vol. 127, p. 351 à 368. DOI 10.1007/s11192-021-04035-5. Notice : https://link.springer.com/article/10.1007/s11192-021-04035-5 Article payant, seul le résumé a été consulté.
  • CRediT, Contributor Roles Taxonomy. Norme ANSI/NISO Z39.104-2022, approuvée en 2022. Accès libre : https://credit.niso.org/ Pages de rôles consultées le 17 septembre 2026.

Sources vérifiées le 17 septembre 2026. Les citations sont reproduites dans leur langue d'origine, l'anglais, et traduites à la suite.