Immunologie de la reproduction

Syndrome des antiphospholipides

Le syndrome des antiphospholipides obstétrical associe des anticorps antiphospholipides persistants à des pertes de grossesse ou à des complications placentaires. Le traitement de référence associe l'aspirine à faible dose et une héparine de bas poids moléculaire, et une part des grossesses échoue malgré lui. Les travaux d'Arsène Mekinian, menés avec des cohortes françaises et européennes, portent sur ces échecs, sur les tableaux dépourvus d'anticorps conventionnels et sur les traitements ajoutés au traitement de référence.

Une maladie auto-immune à expression vasculaire et obstétricale

Les anticorps antiphospholipides conventionnels comprennent :

  • l'anticoagulant lupique ;
  • les anticorps anticardiolipine ;
  • les anticorps anti-bêta-2-glycoprotéine I.

L'anticoagulant lupique, malgré son nom, n'est pas un médicament anticoagulant mais une anomalie observée sur des tests de coagulation. Lorsque les trois anticorps sont présents en même temps, on parle de triple positivité. La persistance de ces anticorps, leur profil et leur association aux manifestations cliniques participent à la caractérisation du risque : dans l'étude multicentrique européenne consacrée aux formes obstétricales réfractaires, un anticoagulant lupique était présent chez 76 % des 49 patientes et une triple positivité chez 45 % 9.

Le SAPL peut être primaire ou associé à une autre maladie auto-immune, en particulier au lupus systémique. Il peut se manifester par des thromboses, c'est-à-dire des caillots dans les artères ou les veines, par des complications obstétricales, ou par l'association des deux.

La forme obstétricale est celle qui touche la grossesse : fausses couches à répétition, mort fœtale, accouchement prématuré lié à une prééclampsie ou à une insuffisance du placenta. Le suivi prospectif européen de 134 enfants nés de mères atteintes de la maladie, examinés à 3, 9 et 24 mois puis à 5 ans, donne une idée du pronostic de ces grossesses lorsqu'elles sont suivies : 16 % étaient nés avant 37 semaines (22 enfants), 14 % pesaient moins de 2 500 g à la naissance (19 enfants), 18 (13 %) ont eu une complication néonatale. Aucune thrombose et aucun lupus n'ont été observés pendant les cinq ans de suivi, et quatre enfants ont présenté des anomalies du comportement ou du développement. Des anticorps étaient détectables à la naissance chez une partie d'entre eux, anticardiolipine IgG chez 18 (16 %), anti-bêta-2-glycoprotéine I IgG chez 16 (15 %), et persistaient chez 10 % des enfants. Arsène Mekinian est premier auteur et auteur correspondant de ce travail, publié en 2013 dans Annals of the Rheumatic Diseases 2.

SAPL obstétrical et atteinte placentaire

Les mécanismes responsables des complications obstétricales ne se limitent pas à la thrombose.

Les anticorps antiphospholipides peuvent intervenir dans des mécanismes impliquant le trophoblaste, l'endothélium, le complément et les voies inflammatoires placentaires, contribuant à une altération de la placentation.

Cette dimension immunologique et placentaire explique que le SAPL obstétrical constitue un modèle important pour étudier les interactions entre auto-immunité, inflammation et grossesse.

Le complément a fait l'objet d'un travail de registre auquel il a participé. Publiée en 2023 dans Placenta, une analyse du registre européen portant sur 1 048 femmes montre que les 223 d'entre elles (21,3 %) ayant un complément abaissé pendant la grossesse ont une grossesse plus courte (médiane 33 semaines contre 35 ; p = 0,022) et moins de naissances vivantes (67,7 % contre 74,4 % ; p = 0,045). Il y est huitième sur trente-trois auteurs nommés 16.

Traitement conventionnel et formes réfractaires

La prise en charge conventionnelle du SAPL obstétrical repose principalement sur l'association d'une aspirine à faible dose et d'une héparine de bas poids moléculaire, adaptée au profil clinique et thrombotique de la patiente.

Cette stratégie a considérablement amélioré le pronostic obstétrical. Le registre européen du syndrome des antiphospholipides obstétrical, mis en ligne en 2010 et alimenté par trente hôpitaux européens, le documente sur 1 000 femmes et 3 553 épisodes dans sa publication de 2019 : la fausse couche est la manifestation la plus fréquente (386 cas, 38,6 %), la prééclampsie précoce et le retard de croissance précoce concernent respectivement 181 (18,1 %) et 161 (16,1 %) femmes, et le taux de naissance vivante est de 85 % chez les 448 femmes (44,8 %) ayant reçu le traitement recommandé, contre 72,4 % en cas de traitement hors schéma recommandé et 49,6 % sans traitement. Arsène Mekinian y est sixième sur trente-six auteurs nommés 12.

Néanmoins, certaines patientes présentent une nouvelle complication malgré un traitement conventionnel correctement conduit. Ces situations dites réfractaires constituent l'un des principaux axes de recherche. Leur fréquence n'est pas fixée : ses propres textes l'estiment entre 20 et 39 % dans la mise au point française de 2017 publiée dans Gynécologie Obstétrique Fertilité et Sénologie, dont il est premier auteur et auteur correspondant 8, et entre 20 et 30 % dans la mise au point de 2025 de La Revue de médecine interne dont il est dernier auteur 18. Les deux chiffres sont de lui et la page ne tranche pas entre eux.

L'objectif est de mieux identifier les facteurs associés à l'échec du traitement conventionnel et d'évaluer l'intérêt éventuel de stratégies complémentaires. La mise au point de 2017 recense les traitements essayés dans des études ouvertes et de petite taille, corticoïdes, immunoglobulines intraveineuses, échanges plasmatiques et hydroxychloroquine, sans qu'aucun soit établi 8. Il a aussi publié ce qui échoue : une lettre de 2015 dans La Presse Médicale, dont il est deuxième auteur et auteur correspondant, rapporte l'inefficacité de l'association d'échanges plasmatiques et de rituximab dans une forme obstétricale réfractaire 5.

L'étude européenne consacrée aux formes réfractaires, publiée en 2017 dans Autoimmunity Reviews, porte sur 49 patientes, âge médian 27 ans (23 à 32), recrutées dans 8 centres européens entre décembre 2015 et juin 2016, toutes ayant eu un accident obstétrical malgré aspirine et héparine et au moins une grossesse ultérieure. La forme était purement obstétricale chez 71 % d'entre elles et à la fois obstétricale et thrombotique chez 26 %. Une perte de grossesse est survenue dans 71 % des cas, à un terme médian de 11 semaines (8 à 21). En analyse multivariée, seuls un antécédent de prématurité liée à la maladie, l'usage de corticoïdes pendant la grossesse et un profil d'anticorps anticardiolipine isolés étaient associés à une naissance vivante. Les auteurs concluent que les corticoïdes pourraient être efficaces dans ce profil et que des études prospectives sont nécessaires. Il en est premier auteur sur dix-neuf auteurs nommés et auteur correspondant 9.

Une étude européenne antérieure, de 2014, portant sur 196 grossesses de 156 patientes, retrouve un effet des traitements additionnels uniquement dans le sous-groupe associant thrombose et triple positivité, avec un rapport de cotes de 9,7 dont l'intervalle de confiance à 95 % va de 1,1 à 88,9 ; il y est neuvième sur vingt auteurs nommés 3.

Axes de recherche

Les travaux d'Arsène Mekinian et des collaborations françaises et européennes se sont développés autour de plusieurs questions.

SAPL obstétrical réfractaire

Caractériser les patientes présentant une récidive malgré le traitement conventionnel et rechercher des facteurs cliniques ou biologiques associés au pronostic. C'est l'objet de l'étude européenne de 2017 sur 49 patientes, dont il est premier auteur 9, et de la mise au point française de 2017 8.

Hydroxychloroquine

Évaluer son intérêt potentiel comme traitement complémentaire dans les formes obstétricales à haut risque ou réfractaires. Deux textes de 2015 parus dans Autoimmunity Reviews portent son nom en première position, l'un posant la question 4, l'autre apportant les données observationnelles sur 30 patientes et 35 grossesses 6.

Profils antiphospholipides

Étudier l'influence du profil des anticorps, notamment de l'anticoagulant lupique et des profils de positivité multiples, sur le risque obstétrical, comme dans l'étude européenne de 2014 sur les patientes associant thrombose et triple positivité 3.

Formes hors critères ou séronégatives

Étudier les patientes présentant un phénotype clinique évocateur sans profil biologique conventionnel complet et évaluer la signification de certains anticorps antiphospholipides non conventionnels : 57 dossiers en 2012 1, 96 patientes en 2016 7, 187 femmes séronégatives comparées à 285 femmes séropositives en 2020 14.

Biomarqueurs pronostiques

Explorer d'autres déterminants du risque, notamment l'activation du complément, mesurée sur 1 048 femmes du registre européen 16, et les marqueurs susceptibles de mieux caractériser les grossesses à haut risque, dont le score d'activité européen validé en 2026 19.

Hydroxychloroquine et SAPL obstétrical réfractaire

L'hydroxychloroquine possède plusieurs propriétés susceptibles d'être pertinentes dans le SAPL, notamment des effets immunomodulateurs, anti-inflammatoires et antithrombotiques.

Deux articles d'Autoimmunity Reviews de 2015 portent son nom en première position et traitent tous deux de l'hydroxychloroquine dans cette maladie. Ils ne disent pas la même chose et ne sont pas du même genre, et il est utile de les distinguer. Le premier, mis en ligne le 30 août 2014 et paru au numéro de janvier 2015, est une revue de synthèse : elle n'étudie aucune patiente, elle rassemble les arguments biologiques en faveur de la molécule, ses propriétés anti-inflammatoires, antiagrégantes et immunorégulatrices, et elle conclut explicitement que les données cliniques sur son usage dans la forme primaire de la maladie font défaut et que des études prospectives sont nécessaires. Il en est premier auteur sur quinze auteurs nommés et auteur correspondant 4. Le second, mis en ligne le 21 janvier 2015 et paru au numéro de juin 2015, est la série multicentrique européenne elle-même : 30 patientes et 35 grossesses traitées par hydroxychloroquine y sont analysées. En comparant ces grossesses aux grossesses antérieures des mêmes femmes sous traitement de référence, les pertes de grossesse passent de 81 % à 19 % (p < 0,05), sans différence dans les traitements associés. L'analyse univariée retient comme facteurs liés à l'issue les morts fœtales antérieures et la dose la plus élevée d'hydroxychloroquine, 400 mg par jour. Chez les 14 patientes ayant une forme obstétricale réfractaire, dont 5 avec une forme à la fois obstétricale et thrombotique et 9 avec une forme purement obstétricale, toutes ayant perdu une grossesse antérieure sous traitement, aspirine et héparine dans 11 cas et héparine seule dans 3 cas, l'ajout d'hydroxychloroquine s'accompagne d'une naissance vivante dans 11 cas sur 14, soit 78 % (p < 0,05). Les auteurs écrivent que ce résultat appelle des études prospectives pour confirmer ce travail préliminaire. Il en est premier auteur sur dix-neuf auteurs nommés et auteur correspondant 6.

Dans une étude multicentrique européenne de 2018 portant sur 194 grossesses à haut risque suivies dans 20 centres tertiaires, l'hydroxychloroquine est associée à un taux de naissance vivante supérieur aux autres traitements oraux dans le groupe des femmes ayant eu une grossesse réfractaire, avec un avantage pour la dose de 400 mg par rapport à 200 mg (p = 0,036) et pour une administration commencée avant la grossesse plutôt que pendant (p = 0,021) ; il y est vingt-quatrième sur vingt-neuf auteurs nommés 10.

Ces données restent cependant essentiellement observationnelles et ne permettent pas d'établir formellement un effet causal du traitement. Un travail dont il est dernier auteur, publié en 2024 dans Human Reproduction à partir du registre prospectif français FALCO, va d'ailleurs dans l'autre sens dans une situation voisine : 100 grossesses exposées à l'hydroxychloroquine chez 74 femmes ayant au moins trois fausses couches précoces, âge moyen 34,2 ans, médiane de 5 fausses couches antérieures ; 62 % des grossesses se sont arrêtées avant 12 semaines et 38 % se sont poursuivies au-delà, et le seul facteur prédictif retrouvé en analyse multivariée est d'avoir eu au plus quatre fausses couches antérieures (rapport de cotes ajusté 3,13, intervalle de confiance 1,31 à 7,83 ; p = 0,01). Les auteurs écrivent que l'exposition à l'hydroxychloroquine en début de grossesse ne semble pas prévenir de nouvelles fausses couches, et signalent eux-mêmes l'absence de groupe témoin 17. La situation étudiée n'y est pas le syndrome des antiphospholipides obstétrical mais la fausse couche à répétition inexpliquée, et les deux ne se confondent pas. La mise au point de 2025 dans La Revue de médecine interne, dont il est dernier auteur, rappelle les données expérimentales in vitro et chez la souris qui montrent que la molécule limite l'effet délétère des anticorps sur l'invasion trophoblastique, écrit qu'aucun essai contrôlé randomisé n'a évalué l'ajout d'hydroxychloroquine au traitement conventionnel de la forme obstétricale réfractaire, et ajoute que les données actuelles ne soutiennent pas son usage dans les fausses couches à répétition inexpliquées 18.

Sur l'essai qu'il devait conduire, la page doit être claire. L'essai HYDROSAPL, enregistré sous le numéro NCT04275778, promoteur AP-HP, essai de phase II randomisé en double insu contre placebo, devait évaluer l'ajout d'hydroxychloroquine au traitement habituel pour obtenir une grossesse à terme non compliquée dans le syndrome des antiphospholipides obstétrical primaire. Son protocole a été publié en 2018 dans Gynécologie Obstétrique Fertilité et Sénologie, texte dont il est premier auteur sur six auteurs nommés et auteur correspondant 11. L'essai lui-même n'a pas eu lieu. Sa fiche publique, consultée le 8 septembre 2026, porte le statut retiré, un effectif réel de zéro participante et le motif suivant, rapporté tel qu'il est écrit : l'étude a été arrêtée à la suite de la révision des critères diagnostiques définissant la pathologie visée, révision qui a modifié en profondeur le plan de l'étude. La fiche a été soumise pour mise à jour le 31 mars 2026 et publiée le 6 avril 2026, et Arsène Mekinian y figure comme investigateur principal. L'acronyme exact est HYDROSAPL ; la graphie HYDROAPS, que l'on rencontre parfois, est fautive et ne correspond à aucun essai enregistré. Aucune donnée n'a été produite par cet essai.

La place exacte de l'hydroxychloroquine dans le SAPL obstétrical réfractaire reste ainsi une question de recherche clinique, sans réponse d'essai randomisé français.

Formes hors critères et SAPL séronégatif

Certaines patientes présentent des manifestations obstétricales fortement évocatrices sans remplir les critères biologiques conventionnels du SAPL. C'est ce que l'on appelle une forme séronégative, ou hors critères, et c'est un terrain où les décisions de traitement reposent sur peu de données.

Ses premiers travaux sur le sujet portent précisément sur ces situations que les critères de diagnostic laissent de côté. En 2012, dans le Journal of Reproductive Immunology, il compare rétrospectivement les dossiers de 57 femmes adressées entre 2003 et 2010 pour des complications obstétricales inexpliquées avec un dosage d'anticorps antiphospholipides : 25 avaient un syndrome confirmé par les critères de Sapporo, 32 avaient les mêmes complications avec un titre d'anticorps inférieur au seuil intermédiaire. Le nombre d'événements obstétricaux par patiente était très proche dans les deux groupes avant traitement, 3 [1 à 8] et 3 [1 à 6], et il baisse significativement après traitement dans les deux groupes, 0 [0 à 2] dans chacun (p < 0,05). Les auteurs concluent que des essais de traitement correctement construits seraient nécessaires pour démontrer le bénéfice de ces traitements. Il est premier auteur et auteur correspondant 1.

Les travaux menés dans des cohortes françaises et européennes ont étudié différents anticorps antiphospholipides non conventionnels et les caractéristiques cliniques de ces formes dites hors critères ou séronégatives. En 2016, dans Seminars in Arthritis and Rheumatism, il mesure chez des femmes ayant les critères cliniques de la maladie des anticorps dits non conventionnels, anti-phosphatidyléthanolamine, anti-prothrombine et phosphatidylsérine, anti-annexine V : 65 patientes sur 96, soit 68 %, en portent au moins un et sont classées comme forme non conventionnelle, contre 83 patientes avec la maladie confirmée et 31 sans aucun anticorps. Sur les 474 grossesses analysées, 136 (29 %) ont été traitées, et le traitement s'accompagne d'un taux de naissance vivante nettement supérieur, 72 % contre 26 % chez les non traitées (p < 0,0001). Il est premier auteur sur dix auteurs nommés et auteur correspondant 7.

En 2020, dans RMD Open, il est dernier auteur, vingt-neuvième sur vingt-neuf, et auteur correspondant de l'étude européenne qui compare 187 femmes ayant une forme séronégative, recrutées dans 14 centres en Autriche, en Espagne, en Italie, en Slovénie et en France, à 285 femmes ayant une forme séropositive. Les formes séronégatives sont davantage obstétricales que thrombotiques, avec seulement 6 % de thromboses veineuses. L'incidence cumulée des événements obstétricaux était comparable entre les deux groupes, avec chez les femmes séropositives davantage de morts fœtales in utero (15 % contre 5 %, p = 0,03) et un terme de naissance plus précoce (36 ± 3 contre 38 ± 3 semaines, p = 0,04), ainsi qu'une différence significative sur la prééclampsie (7 % contre 16 %, p = 0,048) dont le résumé publié ne permet pas d'établir le sens. Le traitement améliore significativement l'incidence cumulée des événements chez les femmes séronégatives, sans différence entre aspirine seule et association aspirine et héparine. La conclusion des auteurs est que la détection d'anticorps hors critères pourrait faire discuter une prise en charge semblable à celle des formes séropositives, mais que des études contrôlées bien construites sont nécessaires 14. La publication de 2020 du registre européen va dans le même sens : elle compare 1 000 femmes répondant aux critères de Sydney à 640 femmes ayant des complications obstétricales liées aux anticorps sans y répondre, et montre que les profils biologiques diffèrent nettement entre les deux groupes alors que les issues fœtales et maternelles sont comparables lorsque les femmes sont traitées. Il y est sixième sur trente-quatre auteurs nommés 13.

Ces observations suggèrent l'existence de phénotypes cliniquement proches du SAPL conventionnel, mais leur définition reste débattue. La recherche d'anticorps non conventionnels et leur utilisation pour guider une décision thérapeutique ne disposent pas du même niveau de validation que les marqueurs conventionnels.

Une maladie dont les critères évoluent

Les critères de classification du SAPL ont récemment évolué afin d'obtenir des populations plus homogènes pour la recherche.

Les travaux européens auxquels participe Arsène Mekinian montrent que l'application des nouveaux critères modifie substantiellement la population classée comme SAPL obstétrical. En 2026, dans l'European Journal of Obstetrics and Gynecology and Reproductive Biology, il co-signe la réanalyse des 1 200 femmes du registre européen classées selon les critères de Sydney, reprises à l'aune des critères de classification ACR/EULAR 2023 : l'application du seul domaine clinique obstétrical exclurait 816 cas (68 %), la règle sur les IgM en retirerait 46 de plus, portant le total exclu à 862 (71,83 %), et le seuil de 40 unités écarterait encore 86 femmes dont les anticorps dépassent pourtant le 99e percentile ; au total, sur les 1 200 cas, 256 seulement (21,33 %) resteraient classables. Les auteurs écrivent que les conséquences cliniques et de recherche de cette réduction demandent à être évaluées dans des études prospectives. Il y est septième sur vingt-neuf auteurs nommés 20.

Il est enfin l'un des vingt-quatre membres du groupe de travail européen qui a construit et validé en 2026 le score d'activité de la maladie appelé EAPSDAS, comportant 24 items pour le volet thrombotique et microvasculaire et 6 items pour le volet obstétrical, dont les auteurs écrivent qu'il demande une validation prospective supplémentaire 19.

Il est essentiel de distinguer classification et diagnostic clinique : les critères de classification sont principalement conçus pour homogénéiser les populations incluses dans les études et ne remplacent pas l'évaluation individuelle d'une patiente. Une femme non classable n'est pas pour autant une femme indemne.

Cette évolution constitue également un enjeu méthodologique important pour comparer les études anciennes et futures.

Organisation multidisciplinaire

La prise en charge du SAPL obstétrical associe médecine interne, obstétrique, médecine de la reproduction, hémostase et immunologie biologique.

Les travaux sont développés au sein du service de médecine interne de l'hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Sorbonne Université), dans le département médico-universitaire consacré à l'inflammation, à l'immunopathologie et aux biothérapies, désigné DHU i2B jusque vers 2019 puis DMU 3iD et DMU i3 dans les affiliations de ses publications. Ses publications de 2025 et 2026 mentionnent en outre, dans son affiliation, un centre de référence rattaché à Saint-Antoine, dont l'acronyme est écrit CEREMAIAA sur l'une des notices et CEREMAIIA sur l'autre.

Le suivi de ces grossesses est par construction pluridisciplinaire, et la composition de ses équipes de publication le montre : obstétrique de l'hôpital Jean Verdier à Bondy, de l'hôpital Armand-Trousseau et de l'hôpital Tenon pour le suivi des grossesses et l'assistance médicale à la procréation, laboratoires d'immunologie de l'hôpital Bichat et de l'hôpital Saint-Antoine pour la recherche et le suivi des anticorps, service de biostatistique de Saint-Antoine pour l'analyse des cohortes. Les situations complexes ou réfractaires peuvent faire l'objet d'une réunion de concertation pluridisciplinaire et d'un recours à un centre expert, et les traitements administrés par voie intraveineuse relèvent de l'hôpital de jour.

Les recommandations françaises sont également structurées par un protocole national de diagnostic et de soins consacré au syndrome des antiphospholipides, publié sous l'égide de la Haute Autorité de santé, dont la version en langue anglaise a paru en 2023 dans La Revue de médecine interne. Arsène Mekinian est l'un des vingt-deux auteurs nommés de ce texte, dont les signataires sont classés par ordre alphabétique 15. Ce protocole rappelle qu'un centre de référence ou de compétence spécialisé dans les maladies auto-immunes doit être consulté pour la prise en charge des formes graves, et notamment du syndrome catastrophique des antiphospholipides.

Ce qui reste à démontrer

Le traitement conventionnel du SAPL obstétrical est établi. Les principales incertitudes concernent désormais les formes réfractaires et les situations hors critères.

Le point le plus important tient en une phrase : aucun essai randomisé n'a démontré que l'ajout d'hydroxychloroquine au traitement de référence améliore l'issue des grossesses dans la forme obstétricale réfractaire. C'est ce qu'écrit noir sur blanc la mise au point de 2025 dont il est dernier auteur 18. L'essai français qui devait répondre à cette question, HYDROSAPL, a été retiré sans inclure une seule participante, et sa fiche publique attribue cet arrêt à la révision des critères diagnostiques de la maladie. L'essai international HYPATIA, qui posait une question voisine, n'a fait l'objet d'aucune publication de résultats indexée sur PubMed au 8 septembre 2026 : seule la publication de son protocole, en 2017, y figure, et Arsène Mekinian n'en est pas signataire. La question reste donc ouverte, et rien sur cette page ne doit se lire comme une recommandation de traitement.

Les données dont il est premier ou dernier auteur sont, sur ce sujet, entièrement observationnelles et rétrospectives. La série européenne de 2015 porte sur 30 patientes et 35 grossesses, dont 14 seulement avaient une forme réfractaire, et sa comparaison est faite avec les grossesses antérieures des mêmes femmes, ce qui n'est pas un groupe témoin. Ce type de comparaison surestime volontiers l'effet d'un traitement, parce qu'une femme qui a perdu plusieurs grossesses conserve, sans rien changer, une probabilité non nulle de mener la suivante à terme, et parce que le choix de traiter est fait par le médecin et non tiré au sort. L'étude de 2017 sur les formes réfractaires porte sur 49 patientes recrutées dans 8 centres, elle est rétrospective et ouverte, et le signal en faveur des corticoïdes qu'elle décrit est un résultat d'analyse multivariée sur un petit effectif, que ses propres auteurs disent devoir être confirmé par des études prospectives. Aucun de ces résultats n'a été répliqué de façon indépendante dans un essai contrôlé.

La définition même de ce que l'on compte n'est pas stable. Ses propres textes estiment la fréquence des formes réfractaires entre 20 et 39 % en 2017 et entre 20 et 30 % en 2025, sans que la page tranche entre les deux chiffres. Et le périmètre de la maladie a changé : la réanalyse européenne de 2026 qu'il co-signe montre que l'application des critères de classification ACR/EULAR 2023 ne laisserait classables que 256 des 1 200 femmes du registre, soit un peu plus d'une sur cinq. Il faut ajouter que ces critères sont des critères de classification, construits pour constituer des groupes homogènes en recherche, et non des critères de diagnostic individuel au lit de la patiente.

La signification clinique des anticorps antiphospholipides non conventionnels et la prise en charge des formes dites séronégatives restent également insuffisamment standardisées. Sa propre conclusion de 2020 est prudente : la détection d'anticorps hors critères pourrait faire discuter une prise en charge semblable à celle des formes séropositives, mais des études contrôlées bien construites restent nécessaires 14. Ni le seuil de positivité de ces anticorps non conventionnels, ni la conduite à tenir lorsqu'ils sont seuls présents, ne font l'objet d'un consensus. Enfin, l'un des travaux les plus récents auxquels il a participé est négatif : dans le registre français FALCO, l'exposition à l'hydroxychloroquine en début de grossesse chez des femmes ayant des fausses couches à répétition ne semble pas prévenir de nouvelles fausses couches, et cette étude est elle aussi dépourvue de groupe témoin 17.

Pour situer ces travaux dans la littérature internationale, et sans qu'il en soit signataire, une revue systématique publiée en 2023 dans l'American Journal of Reproductive Immunology par Hooper, Bacal et Bedaiwy a repris douze études sur l'hydroxychloroquine dans la grossesse des femmes atteintes de la forme primaire de la maladie : trois cohortes rétrospectives y montrent une amélioration du taux de naissance vivante et quatre études une réduction du taux de perte de grossesse, et les auteurs concluent qu'il faut conduire des essais randomisés avec des critères de sélection standardisés pour confirmer ces observations. Cette référence n'est pas de lui.

Il reste ainsi à déterminer quelles patientes peuvent bénéficier d'un traitement complémentaire au traitement antithrombotique conventionnel et quelle stratégie doit être privilégiée. Les priorités de recherche sont de mieux stratifier le risque obstétrical, identifier des biomarqueurs pronostiques et évaluer prospectivement les stratégies complémentaires dans les formes réfractaires.

Références

Travaux publiés auxquels il a participé, sur ce sujet. Liste établie à partir d'Europe PMC.

Page rédigée pour information générale. Elle ne remplace pas un avis médical individuel. Mise à jour : 9 septembre 2026.