Grossesse et maladies auto-immunes
La grossesse au cours d'une maladie auto-immune ou auto-inflammatoire ne se contre-indique pas, elle s'anticipe, idéalement dès la période préconceptionnelle. Les questions se posent avant la conception : activité de la maladie, atteintes d'organes, profil immunologique, traitements en cours, antécédents obstétricaux. Les travaux auxquels Arsène Mekinian a participé portent sur quelques-unes de ces situations, l'artérite de Takayasu, les maladies auto-inflammatoires, la sclérodermie systémique, le syndrome des antiphospholipides et le devenir des enfants exposés à certains auto-anticorps maternels.
Une interaction dans les deux sens
La grossesse entraîne d'importantes adaptations immunologiques, cardiovasculaires et métaboliques susceptibles d'interagir avec une maladie systémique préexistante. Cet équilibre ne se déplace pas dans le même sens pour toutes les maladies : certaines s'apaisent, d'autres se réveillent, d'autres ne bougent pas.
Inversement, l'activité d'une maladie auto-immune, certaines atteintes vasculaires, cardiaques ou rénales, une hypertension artérielle antérieure et certains auto-anticorps peuvent influencer le déroulement de la grossesse, la croissance du fœtus et le terme de l'accouchement.
Le risque dépend donc moins du seul diagnostic que du phénotype individuel de la maladie au moment du projet de grossesse. Cette approche conduit à considérer la grossesse comme un parcours comprenant trois périodes étroitement liées : préconception, grossesse et post-partum.
Deux points supplémentaires structurent le sujet. D'abord, certains anticorps de la mère passent la barrière placentaire et peuvent atteindre le fœtus ou le nouveau-né, indépendamment de l'état de la mère : c'est le cas des anticorps antiphospholipides et des anticorps anti-SSA. Ensuite, la question des médicaments se pose avant la conception plutôt qu'après, parce que certains traitements de fond doivent être réévalués longtemps à l'avance.
Préparer la grossesse
La période préconceptionnelle constitue une étape centrale de la prise en charge. Elle permet notamment d'évaluer :
- l'activité et la stabilité de la maladie ;
- les atteintes d'organes susceptibles d'influencer la grossesse ;
- le profil d'auto-anticorps ;
- les antécédents obstétricaux et thrombotiques ;
- la compatibilité des traitements avec la conception, la grossesse et l'allaitement.
L'objectif est d'anticiper les situations à risque et, lorsque cela est nécessaire, d'adapter le traitement avant la conception plutôt que pendant la grossesse.
L'enquête internationale à laquelle il a participé, publiée en 2023 dans le Journal of Rheumatology, donne une mesure de ce que font les centres de recours en la matière : une consultation de préparation à la grossesse était proposée en routine par 96 % des 69 centres interrogés dans 21 pays, alors que le nombre de consultations pendant la grossesse variait d'un centre à l'autre 9. Les autres résultats de cette enquête figurent plus bas.
Auto-anticorps et grossesse
Certains auto-anticorps maternels peuvent avoir une importance particulière au cours de la grossesse.
Les anticorps antiphospholipides sont associés à des complications thrombotiques et placentaires et définissent, dans un contexte clinique approprié, le syndrome des antiphospholipides.
Les anticorps anti-SSA/Ro et anti-SSB/La peuvent traverser le placenta et justifient une évaluation spécifique du risque fœtal. Il signe en 2019, dans Joint Bone Spine, une étude rétrospective monocentrique française sur la morbidité obstétricale liée aux anticorps anti-SSA. Ce travail a été publié sous la forme d'une lettre de deux pages, dont la notice MEDLINE ne comporte pas de résumé : ni l'effectif, ni la période, ni les résultats ne sont accessibles à la source, et cette page n'en cite donc aucun chiffre. Les mots-clés de la notice indiquent que la question posée associait les anticorps anti-SSA, le syndrome de Gougerot-Sjögren et le syndrome des antiphospholipides. Il est dernier auteur nommé et auteur correspondant 7. C'est le seul travail qui le rattache directement aux anticorps maternels à risque pour le fœtus, en dehors des anticorps antiphospholipides, et son contenu reste à obtenir. Le lien entre anticorps anti-SSA et bloc auriculo-ventriculaire congénital n'est pas écrit sur cette page : il n'est établi par aucune de ses publications lues à la source. Le lupus néonatal cutané, lui, est observé et rapporté dans son étude de 2013 sur le devenir des enfants, décrite plus bas 2.
L'interprétation de ces anticorps doit toujours être intégrée au contexte clinique : leur présence isolée ne résume ni le risque maternel ni le pronostic obstétrical.
Il co-signe par ailleurs, en 2013, une note d'une page de La Revue du praticien sur la pemphigoïde de la grossesse, dermatose auto-immune propre à la grossesse ; la notice ne comporte pas de résumé et le contenu n'a pas pu être lu. Il y est quatrième auteur sur cinq 3.
Grossesse et vascularites
Les vascularites systémiques nécessitent une évaluation individualisée tenant compte de l'activité inflammatoire et des séquelles vasculaires.
Les travaux français sur l'artérite de Takayasu auxquels Arsène Mekinian a participé constituent son travail le plus documenté sur la grossesse dans une vascularite. L'étude rétrospective française publiée en 2020 dans Clinical Rheumatology a réuni toutes les grossesses de femmes ayant un diagnostic d'artérite de Takayasu dans vingt hôpitaux français jusqu'en août 2015, soit 43 grossesses chez 33 femmes, dont 29 avec un diagnostic déjà porté et 4 diagnostiquées pendant la grossesse. Des complications ont été observées dans 20 grossesses (47 %) : hypertension artérielle dans 35 % des cas (n = 15), prééclampsie dans 9 % (n = 4), syndrome HELLP dans 2 % (n = 1) et retard de croissance intra-utérin dans 14 % (n = 6, conduisant dans un cas à une interruption médicale de grossesse). Il y a eu 42 naissances vivantes (98 %), à un terme médian de 38 semaines (extrêmes 27 à 42), dont 9 avant 37 semaines (21 %). Le poids de naissance médian était de 2 940 grammes (extrêmes 610 à 4 310). Cinq enfants (12 %) ont été transférés en réanimation néonatale, et un garçon né à 27 semaines est décédé à deux jours de vie. Le risque de développer une hypertension artérielle pendant la grossesse était associé à une hypertension artérielle chronique antérieure et à une atteinte vasculaire sous-diaphragmatique (p = 0,01 et p = 0,04). Aucune corrélation n'a été retrouvée entre l'activité de la maladie et les complications obstétricales décrites. Les auteurs concluent à un taux élevé de complications obstétricales sans retentissement significatif sur le taux de naissances vivantes, et à l'absence d'influence apparente de la grossesse sur l'activité de la maladie. Arsène Mekinian est deuxième auteur et auteur correspondant de ce travail 8.
Ces données soulignent l'intérêt d'une évaluation cardiovasculaire et obstétricale avant la conception et d'un suivi conjoint pendant la grossesse : c'est le terrain vasculaire préexistant, et non l'activité inflammatoire mesurée, qui ressort de cette série. La maladie elle-même est traitée sur la page consacrée à l'artérite de Takayasu.
Aucun travail dont il soit signataire n'a été retrouvé sur la grossesse dans les vascularites à ANCA, la maladie de Behçet ou l'artérite à cellules géantes.
Syndrome des antiphospholipides
Le syndrome des antiphospholipides constitue une situation particulière dans laquelle le risque obstétrical est directement intégré à la définition de la maladie.
Les travaux d'Arsène Mekinian ont notamment porté sur le SAPL obstétrical, ses formes réfractaires, les profils biologiques atypiques et le devenir des enfants exposés aux anticorps maternels. C'est sur ce dernier axe qu'il est premier auteur.
Le registre européen des enfants nés de mères ayant un syndrome des antiphospholipides, publié en 2013 dans Annals of the Rheumatic Diseases, est une cohorte multicentrique européenne prospective avec examen clinique, données de croissance, étapes du développement neurologique et recherche d'anticorps antiphospholipides, aux âges de 3, 9 et 24 mois puis 5 ans. Cent trente-quatre enfants ont été analysés (65 filles, poids de naissance 3 000 ± 500 grammes, taille 48 ± 3 centimètres). Seize pour cent étaient nés avant 37 semaines (n = 22) et 14 % pesaient moins de 2 500 grammes à la naissance (n = 19). Des complications néonatales ont été notées dans 18 cas (13 %), dont cinq infections (4 %). Pendant les cinq ans de suivi, aucune thrombose et aucun lupus systémique n'ont été observés. Quatre enfants ont présenté des anomalies du comportement : autisme, comportement hyperactif, trouble alimentaire avec retard de langage, hypotonie axiale avec retard psychomoteur. À la naissance, un anticoagulant circulant lupique était présent chez 4 enfants (4 %), des anticorps anticardiolipine de type IgG chez 18 (16 %), des anticorps anti-bêta-2-glycoprotéine I de type IgG chez 16 (15 %) et de type IgM chez 3 (3 %). Ces anticorps avaient disparu à six mois chez 9 enfants (17 %) et 9 enfants (18 %) respectivement, tandis qu'une positivité persistait chez 10 % des enfants. Avant l'âge de six mois, les anticorps anticardiolipine et anti-bêta-2-glycoprotéine I de type IgG de l'enfant étaient corrélés aux mêmes anticorps chez la mère (p < 0,05). Les auteurs concluent que, malgré la présence de ces anticorps chez l'enfant, ni thrombose ni lupus n'ont été observés, et que ce sont les anomalies du développement neurologique qui paraissent au premier plan et justifieraient un suivi prolongé. Il est premier auteur et auteur correspondant de ce travail, sur 30 auteurs nommés 1, et premier signataire d'une lettre de 2014 dans Clinical and Experimental Rheumatology issue du même registre, dont la notice ne comporte pas de résumé et dont le contenu n'a donc pas pu être lu 4.
Une étude rétrospective monocentrique parue en 2013 dans Seminars in Arthritis and Rheumatism prolonge ce travail sur les années 2003 à 2010. Elle compare 36 enfants nés de 26 mères ayant un syndrome des antiphospholipides primaire à 12 enfants nés de 9 mères ayant un lupus systémique. Des troubles du spectre de l'autisme ont été observés chez 3 enfants du premier groupe, tous porteurs d'anticorps anti-bêta-2-glycoprotéine I de type IgG persistants. Dans le second groupe, trois enfants ont présenté un lupus néonatal cutané et aucun trouble du développement n'a été relevé. Aucune différence significative n'a été trouvée entre les deux groupes pour les paramètres à la naissance ou au cours du suivi, hormis des anticorps antinucléaires plus fréquents chez les enfants du groupe lupus (p < 0,05). Les auteurs écrivent eux-mêmes que le lien entre ces cas d'autisme et l'exposition aux anticorps de la mère doit être confirmé. Arsène Mekinian est deuxième auteur 2. Les effectifs sont ceux d'une série, non ceux d'une étude de risque : c'est la limite que les auteurs posent.
Le SAPL obstétrical et ses stratégies thérapeutiques font l'objet d'une page spécifique.
Maladies auto-inflammatoires
Les maladies auto-inflammatoires constituent un autre axe de recherche. L'enjeu est de préciser l'influence respective de l'activité inflammatoire, des traitements et de la grossesse sur le risque maternel et obstétrical.
Des travaux prospectifs multicentriques sont développés dans ce domaine, notamment dans la fièvre méditerranéenne familiale. Les données actuellement disponibles restent cependant en partie issues de communications scientifiques et nécessitent une publication complète pour permettre une analyse définitive. Concrètement, un résumé de congrès présenté au congrès de l'EULAR en 2025, numéroté OP0288 et publié dans le supplément d'Annals of the Rheumatic Diseases, porte sur le devenir des grossesses dans les maladies auto-inflammatoires : une étude prospective de 117 cas, dont 79 avec une fièvre méditerranéenne familiale. Il s'agit d'un résumé de congrès et non d'un article : il n'est pas indexé dans PubMed, n'a pas de PMID, et n'a pas fait l'objet d'une relecture par les pairs comme un article original. Seuls le titre et la liste des signataires ont pu être lus, les effectifs cités figurant dans le titre lui-même ; le contenu du résumé n'a pas été lu et aucun résultat n'en est repris ici. Arsène Mekinian y est dixième signataire sur vingt-deux 11. La fièvre méditerranéenne familiale est traitée sur la page consacrée aux maladies auto-inflammatoires et à l'amylose.
Sur le même terrain, il est deuxième auteur et auteur correspondant d'un cas clinique publié en 2018 dans Seminars in Arthritis and Rheumatism : une maladie de Still de l'adulte révélée pendant la grossesse chez une femme de 38 ans déjà suivie pour une sclérodermie systémique diffuse et un syndrome de Gougerot-Sjögren, avec une ferritine à 41 000 nanogrammes par millilitre et une ferritine glycosylée inférieure à 5 %, accompagné d'une revue de 19 cas de la littérature 6. Un cas clinique reste un cas clinique : il décrit une situation, il ne mesure pas un risque.
Sclérodermie systémique
La grossesse dans la sclérodermie systémique nécessite une attention particulière aux atteintes vasculaires, cardiaques, pulmonaires et rénales.
Les travaux multicentriques français auxquels Arsène Mekinian a participé ont notamment exploré les relations entre antécédents obstétricaux et phénotypes vasculaires ultérieurs de la maladie. Le seul article reliant la sclérodermie systémique et la grossesse qu'il ait signé est une étude cas-témoins observationnelle multicentrique publiée en janvier 2024 dans RMD Open. Elle a inclus, dans 14 centres hospitaliers français de juillet 2020 à juillet 2022, des femmes adultes répondant aux critères EULAR 2013 de sclérodermie systémique et ayant eu une grossesse au moins six mois avant le diagnostic, soit 378 femmes : 129 cas ayant un phénotype vasculaire, défini par des antécédents d'ulcères digitaux ischémiques, d'hypertension artérielle pulmonaire, d'atteinte cardiaque spécifique ou de crise rénale, et 249 témoins appariés. Un antécédent de prééclampsie a été rapporté chez 5 cas (3,9 %) et 12 témoins (4,8 %), sans association avec le phénotype vasculaire (odds ratio 0,96, intervalle de confiance à 95 % de 0,28 à 3,34, p = 0,9). En revanche, le score cutané de Rodnan et une durée d'évolution supérieure ou égale à cinq ans étaient des facteurs de risque de phénotype vasculaire. Le résultat principal est donc négatif, et c'est ainsi qu'il doit être lu : un antécédent de prééclampsie n'apparaît pas comme un facteur de risque du phénotype vasculaire. Arsène Mekinian est quinzième auteur sur vingt-quatre 10 ; l'article est en accès libre sous licence CC BY-NC.
Ces travaux s'inscrivent dans une démarche plus large visant à mieux caractériser les interactions entre maladie vasculaire systémique, placentation et complications obstétricales. La maladie est traitée sur la page consacrée à la sclérodermie systémique.
Traitements et grossesse
La gestion des traitements constitue un élément majeur de la préparation de la grossesse. La question n'est pas seulement de savoir si un médicament peut être poursuivi pendant la grossesse, mais également d'éviter l'arrêt injustifié d'un traitement nécessaire au contrôle de la maladie.
Les décisions reposent sur une évaluation individualisée du rapport bénéfice-risque maternel et fœtal, en tenant compte de la maladie, de son activité, du terme de la grossesse et des données disponibles pour chaque traitement.
Les recommandations internationales sur la compatibilité des traitements pendant la conception, la grossesse et l'allaitement constituent le cadre de référence de cette évaluation. Deux textes de l'EULAR sont ici cités, et Arsène Mekinian n'est signataire ni de l'un ni de l'autre : les recommandations sur la santé des femmes, la planification familiale, la procréation assistée, la grossesse et la ménopause dans le lupus systémique et le syndrome des antiphospholipides, publiées dans Annals of the Rheumatic Diseases 2017;76(3):476-485, PMID 27457513, et mises en ligne le 25 juillet 2016 13 ; et les recommandations sur l'usage des antirhumatismaux dans la reproduction, la grossesse et l'allaitement, mise à jour 2024 publiée en 2025 dans la même revue 14. La date de 2017 est celle de la publication : la mention « EULAR 2016 » que l'on rencontre couramment renvoie à la mise en ligne anticipée et au numéro de manuscrit, et elle prête à confusion avec le texte, distinct, consacré aux antirhumatismaux.
Sur les traitements, il est dernier auteur d'une revue de langue française parue en 2025 dans La Revue de médecine interne, consacrée à l'hydroxychloroquine dans les pathologies obstétricales récurrentes à médiation immune, en dehors du lupus systémique. Cette revue rapporte que dans 20 à 30 % des syndromes des antiphospholipides obstétricaux primaires, l'association antiagrégant et anticoagulation préventive ne suffit pas à prévenir les complications, situation appelée syndrome des antiphospholipides obstétrical réfractaire ; qu'aucun essai contrôlé randomisé n'a évalué l'ajout d'hydroxychloroquine au traitement conventionnel dans cette situation ; que les données actuelles ne soutiennent pas son usage dans les pertes de grossesse répétées inexpliquées ; et que quelques études de faible niveau de preuve suggèrent un bénéfice dans l'intervillite chronique d'étiologie inconnue, sans que ce soit établi 12. C'est un état des connaissances, pas une conduite à tenir. Le syndrome des antiphospholipides obstétrical, les pertes de grossesse répétées et les pathologies placentaires sont traités sur leurs pages respectives.
Une prise en charge multidisciplinaire
Ces grossesses nécessitent souvent une coordination entre médecine interne, obstétrique, médecine fœtale, cardiologie, néphrologie, immunologie biologique et, selon la maladie, d'autres spécialités.
Les travaux sont développés au sein du service de médecine interne de l'hôpital Saint-Antoine, AP-HP, Sorbonne Université, qui participe au département médico-universitaire consacré à l'inflammation, à l'immunopathologie et aux biothérapies, désigné DHU i2B jusque vers 2019 puis DMU 3iD et DMU i3 dans les affiliations de ses publications. L'affiliation qu'il porte sur sa publication de 2025 mentionne également, sur le même site, le centre de référence des maladies auto-inflammatoires et de l'amylose inflammatoire.
Le suivi d'une grossesse dans ce contexte associe la médecine interne et l'obstétrique. Les travaux cités plus haut sont co-signés avec des équipes d'obstétrique et de néonatologie identifiées dans les affiliations des articles eux-mêmes : service d'obstétrique et d'anatomopathologie de l'hôpital Trousseau, service d'obstétrique et de procréation médicalement assistée de l'hôpital Tenon, service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Jean-Verdier pour les travaux les plus anciens, ainsi que les services de réanimation médicale et d'hépatologie de Saint-Antoine pour le cas de maladie de Still. C'est cette organisation par métiers associés, et non un lieu unique, que décrivent ses publications.
Ce que recouvre cette pluridisciplinarité a été mesuré. Il est neuvième auteur sur vingt et un d'une enquête internationale publiée en 2023 dans le Journal of Rheumatology, qui a cartographié l'organisation des soins pour les grossesses survenant dans les connectivites rares et complexes. Les réponses proviennent de 69 centres dans 21 pays. Les patientes ayant un lupus systémique ou un syndrome des antiphospholipides étaient suivies dans plus de 90 % des centres, tandis que d'autres maladies, comme les maladies liées aux IgG4, l'étaient rarement. Une équipe pluridisciplinaire intervenait dans la majorité des centres, avec un obstétricien ou un gynécologue dans 91,3 % des cas et d'autres professionnels moins souvent. Un parcours de soins formalisé était décrit dans 49,2 % des centres, et 20,3 % disposaient d'un protocole de surveillance prédéfini. L'accès aux traitements pendant la grossesse était lui aussi hétérogène. Les auteurs concluent à un niveau de soins élevé dans ces centres de recours, sans écart significatif entre pays européens et non européens, et à l'intérêt d'harmoniser les approches 9.
Arsène Mekinian participe également au groupe de recherche français consacré à la grossesse et à la médecine interne, le GR2, dont il est membre depuis 2014. Ce fait figure dans son curriculum vitae de 2025 sous la forme « Member of the French Group "Pregnancy and Internal Medicine" (GR2) since 2014 » et est recoupé par la notice MEDLINE de l'étude GR2 publiée en 2022 dans Rheumatology, où il est nommé parmi les collaborateurs du consortium GR2 Group 15. Dans cette même publication, il n'est pas auteur nommé : sa contribution y est celle d'un collaborateur du groupe, distinction qui compte et que cette page ne masque pas.
À l'échelle française, les maladies auto-immunes et auto-inflammatoires rares relèvent des réseaux de centres de référence et de compétence animés par les filières de santé maladies rares, et plusieurs d'entre elles font l'objet de protocoles nationaux de diagnostic et de soins publiés sous l'égide de la Haute Autorité de santé. La page ne décrit pas de consultation dédiée à la préparation d'une grossesse sur le site de Saint-Antoine : rien de tel n'a pu être vérifié à une source, et cette page n'affirme donc pas son existence.
Ce qui reste à démontrer
Les connaissances sont très variables selon les maladies. Pour certaines pathologies, les facteurs de risque maternels et obstétricaux et les principes de prise en charge sont relativement bien établis. Pour d'autres maladies rares, les données reposent encore principalement sur des cohortes observationnelles et des registres.
Le lupus systémique et la grossesse ne font pas partie de ses travaux, et cette page ne lui en prête aucun. Deux recherches PubMed refaites le 8 septembre 2026, `Mekinian A[Author] AND pregnancy` (62 résultats, tous relevés) et `Mekinian A[Author] AND lupus` (47 résultats, tous relevés), ne font apparaître aucune étude originale dont il soit signataire portant sur le lupus et la grossesse. Deux signatures seulement touchent ce sujet, et aucune n'est une étude propre : une lettre d'une page publiée en 2016 dans Annals of Internal Medicine, commentaire d'un article paru dans la même revue en 2015, sans résumé, dont il est cinquième auteur sur cinq et dont le contenu n'a pas pu être lu 5 ; et le groupe de comparaison de douze enfants nés de neuf mères ayant un lupus dans l'étude de 2013 sur le devenir des enfants 2. Le cadre de la grossesse dans le lupus repose donc, sur cette page, sur des références internationales qui ne sont pas de lui : les recommandations EULAR sur la santé des femmes et la planification familiale, Annals of the Rheumatic Diseases 2017;76(3):476-485, PMID 27457513, mises en ligne le 25 juillet 2016 13, et les recommandations EULAR sur les antirhumatismaux, mise à jour 2024 publiée en 2025 14. Arsène Mekinian ne figure parmi les auteurs ni de l'une ni de l'autre.
Les limites de ses propres travaux. L'étude Takayasu de 2020 est rétrospective, porte sur 43 grossesses et se double d'une revue de la littérature : elle décrit des fréquences, elle ne mesure pas un risque comparé à une population témoin. Le registre européen d'enfants de 2013 est prospectif mais sans groupe témoin, et les quatre anomalies du développement qu'il rapporte sont trop peu nombreuses pour établir un lien de causalité ; les auteurs de l'étude de 2013 sur l'autisme écrivent eux-mêmes que leur observation doit être confirmée. L'étude sclérodermie de 2024 conclut à une absence d'association, résultat négatif obtenu sur des antécédents de prééclampsie déclarés par questionnaire et rares dans les deux groupes, ce qui limite la puissance de la comparaison ; ce résultat n'a pas été répliqué à notre connaissance. Le travail sur les anticorps anti-SSA est une lettre dont le contenu n'est pas accessible à la source. Le travail sur les maladies auto-inflammatoires est un résumé de congrès, format qui n'équivaut pas à un article relu par les pairs, et il pourrait ne jamais devenir un article. Le cas de maladie de Still est un cas unique. L'enquête sur les parcours de soins décrit ce que déclarent 69 centres de recours, ce qui n'est ni un état des pratiques ordinaires ni une mesure de résultats pour les patientes.
Ce qui manque. Aucun travail dont il soit signataire n'a été retrouvé sur la grossesse dans les vascularites à ANCA, la maladie de Behçet ou l'artérite à cellules géantes, ni sur les poussées du post-partum considérées pour elles-mêmes. Sur la compatibilité des traitements, la revue de 2025 qu'il co-signe constate qu'il n'existe pas d'essai contrôlé randomisé sur l'ajout d'hydroxychloroquine dans le syndrome des antiphospholipides obstétrical réfractaire, et que les données ne soutiennent pas son usage dans les pertes de grossesse répétées inexpliquées : la question est ouverte, elle n'est pas tranchée, et elle ne se règle pas sur une page web mais avec le médecin qui suit la grossesse, au vu des sources françaises et européennes opposables.
Les principales questions de recherche concernent la prédiction individualisée du risque, l'influence de l'activité de la maladie sur la grossesse, le rôle des auto-anticorps et des atteintes vasculaires, ainsi que la sécurité et l'efficacité des traitements au cours de la grossesse. L'objectif est de développer des parcours permettant de concilier contrôle optimal de la maladie maternelle, sécurité thérapeutique et meilleur pronostic obstétrical et fœtal possible.
Références
- European registry of babies born to mothers with antiphospholipid syndrome — Annals of the Rheumatic Diseases, 2013 1er sur 30 auteurs nommés, auteur correspondantcité 60 fois
- Autism spectrum disorders in babies born to mothers with antiphospholipid syndrome — Seminars in Arthritis and Rheumatism, 2013 2e sur 9 auteurs nommés
- [Pemphigoïde de la grossesse] — La Revue du praticien, 2013 4e sur 5 auteurs nommés (note d'une page, sans résumé)
- Mothers' antiphospholipid antibodies during pregnancy and the relation to offspring outcome — Clinical and Experimental Rheumatology, 2014 1er sur 28 auteurs nommés, auteur correspondant (lettre, sans résumé)
- Predictors of Pregnancy Outcomes in Patients With Lupus — Annals of Internal Medicine, 2016 5e sur 5 auteurs nommés (lettre et commentaire, sans résumé)
- Adult onset Still's disease occurring during pregnancy: Case-report and literature review — Seminars in Arthritis and Rheumatism, 2018 2e sur 7 auteurs nommés, auteur correspondant
- Obstetrical morbidity related to anti-SSA antibodies: Data from a French monocentric retrospective study — Joint Bone Spine, 2019 8e sur 8 auteurs nommés, auteur correspondant (lettre, sans résumé)
- Analysis of risk factors for complications and adverse obstetrical outcomes in women with Takayasu arteritis: a French retrospective study and literature review — Clinical Rheumatology, 2020 2e sur 34 auteurs nommés, auteur correspondant
- Patient Care Pathways for Pregnancy in Rare and Complex Rheumatic Diseases: Results From an International Survey — The Journal of Rheumatology, 2023 9e sur 21 auteurs nommés
- History of pre-eclampsia does not appear to be a risk factor for vascular phenotype in women with systemic sclerosis — RMD Open, 2024 15e sur 24 auteurs nommés (licence CC BY-NC) ; texte intégral gratuit : PMC10773441
- OP0288 Pregnancy outcomes in autoinflammatory diseases: a prospective study of 117 cases, including 79 with familial Mediterranean fever — Annals of the Rheumatic Diseases, 2025 10e sur 22 signataires
- [Utilisation de l'hydroxychloroquine dans les pathologies obstétricales récurrentes à médiation immune (en dehors du lupus systémique) : fondements et preuves scientifiques] — La Revue de médecine interne, 2025 5e sur 5 auteurs nommés
- EULAR recommendations for women's health and the management of family planning, assisted reproduction, pregnancy and menopause in patients with systemic lupus erythematosus and/or antiphospholipid syndrome — Annals of the Rheumatic Diseases, 2017 Andreoli L et coll., 26 auteurs nommés ; Arsène Mekinian n'en est pas signataire (copyright BMJ, aucune reprise de tableau) ; texte intégral gratuit : PMC5446003
- EULAR recommendations for use of antirheumatic drugs in reproduction, pregnancy, and lactation: 2024 update — Annals of the Rheumatic Diseases, 2025 Rüegg L et coll. ; Arsène Mekinian n'en est pas signataire. Ce texte remplace les points à considérer de 2016 (PMID 26888948)
- Evaluation of lupus anticoagulant, damage, and remission as predictors of pregnancy complications in systemic lupus erythematosus: the French GR2 study — Rheumatology (Oxford), 2022 22 auteurs nommés, consortium GR2 Group ; Arsène Mekinian n'est pas auteur nommé, il figure parmi les collaborateurs du GR2 Group (lignes `FIR`/`IR` de la notice)cité 35 fois