Syndrome de Cogan
Le syndrome de Cogan est une maladie inflammatoire rare, classée parmi les vascularites systémiques, qui associe une atteinte de l'œil, le plus souvent une kératite interstitielle, et une atteinte de l'oreille interne faite de vertiges, d'acouphènes et d'une baisse rapide de l'audition. Aucun examen de laboratoire ne le confirme et il n'existe pas de critère diagnostique validé. Arsène Mekinian a coordonné le protocole national de diagnostic et de soins que la Haute Autorité de santé a mis en ligne le 22 avril 2024.
- Maladie inflammatoire rare qui touche l'œil et l'oreille interne.
- Aucun examen de laboratoire ne l'affirme : le diagnostic se pose en écartant les autres causes.
- C'est l'atteinte de l'audition, qui peut être définitive, qui commande le pronostic.
- Aucun médicament n'a d'autorisation de mise sur le marché dans cette maladie.
Le syndrome de Cogan est une maladie inflammatoire rare, d'origine inconnue, classée parmi les vascularites systémiques, qui atteint électivement la cornée et l'oreille interne. [Réf. 4]
Il touche principalement l'adulte jeune, avec un sex-ratio proche de un, et il évolue par poussées oculaires et oto-rhino-laryngologiques qui peuvent survenir ensemble ou isolément. [Réf. 4]
Son pronostic ne tient pas à l'œil, dont l'atteinte guérit le plus souvent avec récupération complète de l'acuité visuelle, mais à l'oreille interne, dont l'atteinte peut être sévère et irréversible. [Réf. 4]
Les travaux d'Arsène Mekinian sur cette maladie portent sur sa description à l'échelle nationale, sur l'évaluation rétrospective de ses traitements et sur l'écriture du protocole national de diagnostic et de soins, dont il a assuré la coordination.
Une atteinte de l'œil et une atteinte de l'oreille interne
L'atteinte oculaire caractéristique est une kératite interstitielle dite non syphilitique, c'est-à-dire une inflammation profonde de la cornée sans rapport avec la syphilis. Elle est habituellement bilatérale d'emblée, ou le devient au cours de l'évolution, et se manifeste par un œil rouge et douloureux, parfois associé à une baisse de l'acuité visuelle. [Réf. 4]
L'atteinte de l'oreille interne est elle aussi bilatérale d'emblée le plus souvent. Elle associe l'installation brutale d'un vertige rotatoire continu, des acouphènes et une surdité de perception rapidement progressive, un tableau proche de celui de la maladie de Ménière. [Réf. 4]
Ces deux atteintes peuvent l'une comme l'autre être inaugurales et rester isolées au début, ce qui explique qu'un patient soit d'abord vu par un ophtalmologiste ou par un oto-rhino-laryngologiste avant que la maladie ne soit rapportée à une cause générale. [Réf. 4]
Environ trente à soixante-dix pour cent des patients présentent des manifestations générales, altération de l'état général et fièvre notamment. Un syndrome inflammatoire biologique est associé dans soixante-quinze pour cent des cas. [Réf. 4] L'association à d'autres maladies auto-immunes est possible, en particulier à d'autres vascularites comme la périartérite noueuse ou l'artérite de Takayasu. [Réf. 4]
Forme typique et forme atypique
La distinction entre forme typique et forme atypique organise la description de la maladie, et elle repose sur un délai de deux ans entre les deux atteintes d'organe.
La forme est dite typique lorsqu'une kératite interstitielle non syphilitique s'associe à une atteinte cochléo-vestibulaire ressemblant à une maladie de Ménière, avec un délai maximal de deux ans entre les deux. [Réf. 2, réf. 5]
Elle est dite atypique en l'absence de kératite interstitielle et en présence d'autres manifestations oculaires inflammatoires, ou lorsque l'atteinte cochléo-vestibulaire ne ressemble pas à celle de la maladie de Ménière, ou encore lorsque le délai entre les deux atteintes dépasse deux ans. [Réf. 2, réf. 5]
Cette distinction est descriptive. Elle ne constitue pas un critère diagnostique validé, et la mise au point de 2025 rappelle qu'il n'existe ni critère diagnostique ni biomarqueur spécifique permettant d'affirmer la maladie. [Réf. 5]
Un diagnostic d'élimination
Le syndrome de Cogan est présumé de mécanisme auto-immun, mais aucun auto-anticorps spécifique n'a été identifié. [Réf. 4]
Le diagnostic est donc un diagnostic d'élimination, posé après une enquête méthodique destinée à écarter les autres causes. [Réf. 5] La présence de marqueurs de l'inflammation est fréquente, mais aucun examen de laboratoire n'est propre à la maladie. [Réf. 2]
La fiche Orphanet consacrée à la maladie, qui n'est pas de lui, décrit la même démarche : le diagnostic est principalement clinique, vise à écarter les infections, la syphilis et la maladie de Lyme au premier chef, et aucun test ne permet de le confirmer, même si la biologie, l'audiogramme et l'imagerie aident à l'étayer. Elle range dans le diagnostic différentiel la syphilis, la maladie de Ménière, la maladie de Lyme, la sarcoïdose, la tuberculose, la périartérite noueuse, la granulomatose avec polyangéite et l'artérite de Takayasu. [Source C]
Le protocole national de diagnostic et de soins
La Haute Autorité de santé a mis en ligne le 22 avril 2024 un protocole national de diagnostic et de soins consacré au syndrome de Cogan, sous forme de guide maladie chronique accompagné de trois documents : le protocole lui-même, son argumentaire et une synthèse à destination du médecin traitant. [Source B]
Ce texte a été élaboré sous l'égide du centre de référence des maladies auto-inflammatoires et de l'amylose inflammatoire (CeRéMAIA) et de la filière de santé des maladies auto-immunes et auto-inflammatoires rares (FAI²R). [Source A, source B] La page que la filière FAI²R consacre à ce texte écrit qu'« il a été rédigé sous la coordination du Pr Arsène MEKINIAN ». [Source A]
La Haute Autorité de santé précise sur la même page que le protocole a été élaboré à l'aide d'une méthodologie qu'elle propose, mais qu'il n'a pas fait l'objet d'une validation par elle et qu'elle n'a pas participé à son élaboration. [Source B] Cette phrase est reprise ici parce qu'elle décrit exactement le statut du document : un protocole national de diagnostic et de soins organise la prise en charge d'une maladie rare, il n'est pas la conclusion d'une évaluation conduite par la Haute Autorité de santé.
La version publiée du protocole est parue en anglais dans La Revue de médecine interne en février 2025, sous le titre French protocol for diagnosis and management of Cogan's syndrome. La notice MEDLINE la classe en Practice Guideline et en Review. Elle porte vingt-six auteurs nommés ; Arsène Mekinian est le vingt-sixième et dernier, et il est le seul dont la notice porte une adresse électronique de correspondance. Les vingt-cinq premiers sont rangés par ordre alphabétique, ce qui est la convention des textes de consensus et non un ordre de contribution. Six des vingt-six signataires exercent dans le service de médecine interne de l'hôpital Saint-Antoine d'après les adresses de la notice, et les autres viennent de la médecine interne, de la rhumatologie, de l'ophtalmologie, de l'oto-rhino-laryngologie, de la pédiatrie, de la dermatologie et d'une association de patients. [Réf. 4]
La fiche Orphanet du syndrome de Cogan ne comporte, dans sa rubrique « Recommandations pour la pratique clinique », que deux entrées : le protocole national français de 2024 et sa publication anglaise de 2025. [Source C] C'est un constat sur le contenu de cette fiche à la date où elle a été lue ; ce n'est pas la démonstration qu'aucune recommandation internationale n'existe.
Ce que montre l'étude nationale française
Le protocole s'appuie sur une étude nationale française publiée en 2017 dans Autoimmunity Reviews, dont Arsène Mekinian est le vingt-quatrième et dernier des vingt-quatre auteurs nommés, seul porteur d'une adresse électronique de correspondance. [Réf. 1]
L'étude réunit quarante patients français et vingt-deux cas de la littérature, soit soixante-deux patients, dont trente et une femmes, d'âge médian trente-sept ans avec des extrêmes de deux et soixante-seize ans. [Réf. 1]
Au diagnostic, soixante et un patients sur soixante-deux, soit quatre-vingt-dix-huit pour cent, avaient des symptômes vestibulo-auditifs, avec une surdité bilatérale chez quarante et un pour cent et une surdité chez trente et un pour cent. Des signes oculaires étaient présents chez cinquante-sept patients, soit quatre-vingt-douze pour cent, dont une kératite interstitielle chez trente et un d'entre eux, soit cinquante et un pour cent. [Réf. 1]
Le traitement de première ligne a consisté en corticoïdes seuls chez quarante-trois patients, soit soixante-dix pour cent, et en corticoïdes associés à un immunosuppresseur chez dix-huit patients, soit trente pour cent. La réponse vestibulo-auditive n'a pas différé entre les deux stratégies : treize patients sur quarante-trois, soit trente pour cent, contre quatre sur dix-huit, soit vingt-deux pour cent, avec un p à 0,8. Les réponses oculaires, trente-deux sur trente-neuf contre quinze sur dix-neuf, et générales, vingt-trois sur vingt-huit contre dix sur quatorze, n'ont pas davantage différé. [Réf. 1]
Au total, soixante et un patients ont reçu cent vingt-six lignes de traitement : cinquante et une lignes de corticoïdes seuls, soixante-cinq lignes de corticoïdes associés à un traitement de fond conventionnel et dix lignes d'infliximab. La réponse vestibulo-auditive était plus fréquente sous infliximab que sous traitement de fond conventionnel ou sous corticoïdes seuls, quatre-vingts pour cent contre trente-neuf et trente-cinq pour cent, alors que les réponses oculaire, générale et biologique étaient comparables. L'infliximab était le seul facteur prédictif significatif d'amélioration vestibulo-auditive, avec un odds ratio de 20,7, un intervalle de confiance à quatre-vingt-quinze pour cent de 1,65 à 260 et un p à 0,019. [Réf. 1]
Les auteurs concluent eux-mêmes que l'infliximab pourrait permettre une réponse vestibulo-auditive dans les formes réfractaires aux corticoïdes et aux traitements de fond, mais que des études prospectives restent nécessaires. [Réf. 1] La section « Ce qui reste à démontrer » revient sur la portée exacte de ce résultat.
Les textes de synthèse
Trois textes de synthèse complètent ce corpus et couvrent quinze années de description de la maladie.
Une mise au point en français, parue dans La Revue de médecine interne en avril 2021 après une mise en ligne le 7 août 2020, dont il est premier des quatre auteurs nommés et seul porteur d'une adresse électronique de correspondance. Elle pose la distinction entre forme typique et forme atypique et le seuil de deux ans entre les deux atteintes d'organe, signale la possibilité d'une atteinte des gros vaisseaux touchant surtout l'aorte thoracique, et conclut que la place des immunosuppresseurs et des biothérapies associés aux corticoïdes reste à déterminer. [Réf. 2]
Une mise au point en français parue dans la Revue du Rhumatisme en octobre 2023, dont il est second et dernier des deux auteurs. Cette revue n'est pas indexée sous ce titre dans PubMed : la position d'auteur a été relevée sur la base Crossref, et non sur une notice MEDLINE. [Réf. 3]
Une revue de langue anglaise parue dans l'European Journal of Internal Medicine en 2025, dont il est quatrième et dernier des quatre auteurs nommés. Elle rappelle qu'il n'existe ni critère diagnostique ni biomarqueur spécifique, que le diagnostic reste un diagnostic d'élimination, que le pronostic tient au risque de surdité et de cécité ainsi qu'aux complications de la vascularite, et que les seules données thérapeutiques disponibles proviennent de cas isolés et de séries. [Réf. 5]
Ne pas confondre avec deux homonymes
Trois entités portent le nom de Cogan et ne désignent pas la même maladie. La confusion est fréquente dans les recherches en ligne et elle mérite d'être levée.
Le syndrome de Cogan décrit sur cette page est enregistré sous le code ORPHA 1467, avec les codes CIM-10 H16.3 et CIM-11 4A44.Y. [Source C]
Le syndrome de Cogan-Reese est une forme de syndrome irido-cornéo-endothélial, caractérisée par une atrophie de l'iris, des nodules iriens pigmentés et pédiculés et des anomalies de la cornée, dont le glaucome secondaire est une complication fréquente. Il est enregistré sous le code ORPHA 98980, code CIM-10 H21.2. C'est une maladie de l'œil sans rapport avec l'oreille interne. [Source D]
L'apraxie oculomotrice de type Cogan est un syndrome neurologique de l'enfant, caractérisé par une anomalie de l'initiation des saccades volontaires horizontales des yeux, dont les manifestations s'atténuent généralement avec l'âge. Elle est enregistrée sous le code ORPHA 1125, code CIM-10 H51.8. [Source E]
Une prise en charge à trois disciplines
La prise en charge est par construction pluridisciplinaire, parce que la maladie se déclare dans deux organes que suivent deux spécialités différentes.
Elle associe l'ophtalmologiste pour l'atteinte cornéenne, l'oto-rhino-laryngologiste pour l'atteinte cochléo-vestibulaire et l'interniste pour l'atteinte générale et vasculaire et pour la conduite du traitement de fond. Les signataires du protocole national viennent d'ailleurs de ces trois disciplines, auxquelles s'ajoutent la rhumatologie et la pédiatrie. [Réf. 4]
Les patients sont suivis au service de médecine interne de l'hôpital Saint-Antoine, AP-HP, Sorbonne Université. Le protocole national a été élaboré sous l'égide du CeRéMAIA et de la filière FAI²R. [Source A, source B] Les demandes d'avis entre praticiens passent par le secrétariat du service.
Cette page relève du domaine plus large des maladies auto-immunes systémiques, dont elle est une page fille, et la maladie étant classée parmi les vascularites, elle est voisine de la page consacrée aux vascularites des gros vaisseaux. Les deux pages sont accessibles depuis le bloc « Voir aussi ».
Ce qui reste à démontrer
L'état des connaissances est explicitement incomplet, et ce sont ses propres textes qui le disent. Il n'existe ni critère diagnostique validé ni biomarqueur spécifique, aucun auto-anticorps n'est propre à la maladie, et le diagnostic reste un diagnostic d'élimination. [Réf. 4, réf. 5]
Aucune étude prospective randomisée n'a été conduite à ce jour. Le protocole national l'écrit lui-même : la prise en charge thérapeutique manque de consensus faute d'étude de ce type, et ses propositions reposent sur des séries rétrospectives et sur des cas publiés. [Réf. 4] Un protocole national de diagnostic et de soins est un document d'organisation des soins, pas la conclusion d'un essai.
Le résultat le plus cité de ce corpus demande d'être lu avec ses limites. La supériorité de l'infliximab pour la réponse vestibulo-auditive vient d'une étude rétrospective qui met en commun quarante patients français et vingt-deux cas de la littérature, avec dix lignes d'infliximab seulement. Son intervalle de confiance, de 1,65 à 260, est très large, ce qui traduit une estimation imprécise. Les patients traités par infliximab l'ont été après échec d'autres traitements et n'ont pas été tirés au sort : le choix du traitement dépendait du médecin et de l'état du patient, ce qui expose au biais d'indication. Les auteurs eux-mêmes concluent que des études prospectives sont nécessaires. Ce résultat ne dit donc pas ce qu'il faut faire pour un patient donné, et il ne promet aucune récupération auditive. [Réf. 1]
Un résultat négatif du même travail mérite d'être écrit. L'ajout d'un immunosuppresseur aux corticoïdes en première ligne n'a pas fait mieux que les corticoïdes seuls sur la réponse vestibulo-auditive, trente pour cent contre vingt-deux pour cent, avec un p à 0,8, ni sur la réponse oculaire, ni sur la réponse générale. [Réf. 1] La comparaison est faite sur de petits effectifs et son absence de différence ne démontre pas une équivalence : elle ne permet pas de conclure, dans un sens ni dans l'autre.
Aucun des médicaments cités n'a d'autorisation de mise sur le marché dans le syndrome de Cogan. Leur usage y relève d'une décision au cas par cas, prise dans le cadre du protocole national et après information du patient sur ce niveau d'incertitude.
La fréquence réelle de la maladie n'est pas connue. La fiche Orphanet, qui n'est pas de lui, donne une prévalence de un à neuf cas par million d'habitants tout en indiquant que la prévalence réelle est inconnue et qu'environ trois cents cas ont été rapportés à ce jour, avec un âge médian d'apparition entre vingt et trente ans. Cette fiche porte comme date de dernière mise à jour de son résumé le mois d'août 2019, soit cinq ans avant le protocole national vers lequel elle renvoie. [Source C]
Enfin, une réserve sur la portée de la page elle-même. Trois des cinq travaux cités ici sont des textes de synthèse ou de consensus, et non des travaux originaux. Le seul travail original du corpus est l'étude de 2017. La description de la maladie donnée sur cette page vient donc pour l'essentiel d'une littérature de cas et de séries, et elle changera si une étude prospective est un jour conduite.
Références
- Cogan syndrome: Characteristics, outcome and treatment in a French nationwide retrospective study and literature review — Autoimmunity Reviews, 2017 24e sur 24 auteurs nommés, dernier auteur, seul porteur d'une adresse de correspondance ; ligne CN « SNFMI and CRI » non comptée ; type MEDLINE Journal Article et Review
- Syndrome de Cogan — La Revue de médecine interne, 2021 1er sur 4 auteurs nommés, seul porteur d'une adresse de correspondance ; titre MEDLINE « [Not Available] », titre traduit TT « Syndrome de Cogan » ; article en français, mis en ligne le 7 août 2020
- Syndrome de Cogan — Revue du Rhumatisme, 2023 2e sur 2 auteurs nommés, dernier auteur ; revue non indexée sous ce titre dans PubMed, aucun PMID ; position relevée sur api.crossref.org et non sur une notice MEDLINE
- French protocol for diagnosis and management of Cogan's syndrome — La Revue de médecine interne, 2025 26e sur 26 auteurs nommés, dernier auteur, seul porteur d'une adresse de correspondance ; type MEDLINE Practice Guideline et Review ; ligne CN « contributors » non comptée ; version publiée du protocole national mis en ligne par la Haute Autorité de santé le 22 avril 2024
- Cogan's syndrome. A comprehensive review — European Journal of Internal Medicine, 2025 4e sur 4 auteurs nommés, dernier auteur